On parle tout le temps des voitures qui consomment le moins… mais jamais de celles qui boivent comme un trou. Pourtant, ce sont elles qui font exploser vos pleins, votre budget et parfois vos nerfs au moment de passer à la pompe.
Ici, on va parler des modèles vraiment gourmands : gros SUV, sportives, pick-up façon « petit camion », mais aussi certains hybrides rechargeables très trompeurs sur le papier. On va voir qui consomme quoi, dans quelles conditions, et surtout : est-ce que ça peut encore avoir du sens pour vous ou est-ce juste un gouffre à carburant.
Comprendre les chiffres : WLTP, réel, et bobards marketing
Avant de balancer des litres aux 100, deux rappels simples :
- Consommation WLTP : c’est la valeur officielle, mesurée en labo sur cycles normés. Utile pour comparer les voitures entre elles, mais toujours optimiste.
- Consommation réelle : c’est ce que vous verrez sur votre ordi de bord ou en faisant le calcul à la pompe. Sur les gros engins, on est souvent à +20 à +40 % par rapport au WLTP.
- Usage : un même modèle peut boire 9 l/100 sur autoroute stabilisée et monter à 15–18 l/100 en ville ou en conduite dynamique.
Dans l’article, je vous donne à chaque fois une fourchette réaliste basée sur les retours d’utilisateurs, essais presse et chiffres constructeurs. Ce n’est pas au centilitre près, mais c’est ce que vous avez des chances de voir sur votre ticket de caisse.
Les gros SUV thermiques : les rois de la gourmandise
Un SUV lourd, haut, peu aérodynamique, avec un gros moteur essence ou diesel… mécaniquement, ça ne peut pas être sobre. Parmi les champions de la conso :
BMW X7 M60i / X5 M & co : la puissance qui se paye cash
Dans la famille « tank de 2,5 tonnes avec V8 », les BMW X5 M, X6 M et X7 M60i font partie des meilleures illustrations.
- Moteur type : V8 4.4 biturbo essence
- Puissance : de l’ordre de 530 à plus de 600 ch
- Consommation WLTP : souvent affichée autour de 11–13 l/100 km
- En usage réel :
- Ville / trajets courts : 18–22 l/100 sans forcer
- Autoroute à 130 : 12–15 l/100
- Conduite dynamique : on dépasse très vite les 20–25 l/100
Concrètement pour vous :
- Un plein de 80 litres peut faire à peine 400–500 km si vous êtes en usage mixte dynamique.
- À 2 € le litre de SP95-E10, chaque tranche de 100 km peut coûter 20 à 30 € en carburant.
- Ce genre de modèle n’a de sens que si vous assumez totalement le budget, sans vous poser de questions au moment de payer.
Mercedes-AMG GLE 63 / GLS 63 : le même délire, version étoile
Côté Mercedes, les SUV AMG V8 biturbo sont dans le même panier :
- Moteur : V8 4.0 biturbo essence
- Puissance : 571 à plus de 600 ch
- Conso réelle :
- Ville / bouchons : 20 l/100 « tranquille »
- Mixte normal : 14–17 l/100
- Autoroute 130 : minimum 12–13 l/100, rarement en dessous
Ce sont des voitures incroyables en confort, en perfs, en agrément… mais chaque accélération pleine charge, c’est presque un billet de 5 € qui s’envole. Si vous faites 25 000 km/an avec ça, votre budget carburant devient une ligne sérieuse dans votre compta perso.
Les pick-up et gros 4×4 : quand l’aérodynamique dit stop
Autre catégorie très gourmande : les pick-up type Ford Ranger, Toyota Hilux, Isuzu D-Max ou certains gros 4×4 body-on-frame (Toyota Land Cruiser, Nissan Patrol, etc.).
- Poids : souvent entre 2 et 2,4 tonnes
- Forme : mur de briques dans le vent, surtout avec hard-top ou galerie
- Moteurs : 2.0 à 3.2 diesel, parfois V6
- Conso réelle :
- Usage pro, chargé + autoroute : 10–12 l/100 minimum
- Ville / trajets courts : 11–13 l/100
- Tout-terrain ou remorquage : 13–15 l/100 voire plus
Concrètement : si vous prenez un pick-up « pour le look » alors que vous roulez à vide 90 % du temps en ville et sur voie rapide, vous payez cher en carburant pour un format qui ne vous sert pas vraiment. Pour un artisan, un agriculteur ou quelqu’un qui tracte une grosse remorque fréquemment, ça se discute. Pour aller au bureau et chez Ikea, beaucoup moins.
Les supercars et grosses sportives : plaisir à plein régime… et plein tarif
On ne va pas faire semblant : une supercar sobre, ça n’existe pas. Mais certaines sont vraiment exceptionnelles en conso.
Lamborghini Urus / Ferrari Purosangue / Aston Martin DBX
Les SUV ultra-sportifs de luxe cumulent tous les défauts pour la conso : lourds, hauts, surdimensionnés, avec des V8 ou V12 bien énervés.
- Lamborghini Urus (V8 4.0 biturbo ~650 ch)
- WLTP autour de 12–13 l/100
- En réel : 16–20 l/100 sans taper dedans
- Ferrari Purosangue (V12 atmo)
- En conduite « normale » : souvent 18–20 l/100
- Appuis réguliers sur l’accélérateur : 25 l/100, et plus si affinités
Là, le profil type du client sait ce qu’il achète. La vraie question, c’est pour ceux qui lorgnent sur des sportives plus « accessibles » en se disant que ça passera en daily.
BMW M3/M4, Audi RS4/RS6, Mercedes-AMG C63 & Co
Ces voitures peuvent parfaitement rouler à 9–10 l/100 sur nationale en mode pépère. Mais dès que vous utilisez leurs performances :
- Trajets mixtes dynamiques : 12–15 l/100
- Sessions piste ou montagne : 20–30 l/100 facilement
Ce ne sont pas forcément « les pires » en conso pure, mais elles cumulent deux choses :
- Elles donnent envie de rouler fort.
- Leur potentiel fait grimper la conso dès qu’on s’en sert.
Si vous hésitez entre une « grosse » sportive et une version 6 cylindres plus sage, demandez-vous honnêtement combien de fois par an vous allez vraiment exploiter les 500+ ch. En dessous de 10 fois, la version inférieure sera souvent plus logique au quotidien… et nettement moins gloutonne.
Les hybrides rechargeables : la fausse bonne idée si mal utilisée
Sur le papier, une hybride rechargeable (PHEV) affiche souvent 1,5–2,0 l/100 km WLTP. C’est vrai… dans un cas très précis : trajets courts, batterie chargée tous les jours, et beaucoup de roulage électrique.
En usage réel, les PHEV peuvent se transformer en vraies sangsues si :
- Vous ne rechargez jamais.
- Vous faites surtout de l’autoroute.
- Vous roulez souvent batterie vide (ce qui arrive vite).
Exemples typiques : gros SUV PHEV haut de gamme
Prenons des SUV hybrides rechargeables type BMW X5 xDrive50e, Mercedes GLE 350 de, Audi Q7 TFSI e.
- Poids : 2,3 à 2,7 tonnes (moteur + batterie + tout le reste)
- Sur autoroute, batterie vide :
- Conso réelle souvent à 9–11 l/100 pour les essences
- 7–9 l/100 pour certains diesels PHEV, mais rarement en dessous
- En ville sans recharge :
- Conso qui peut dépasser celle d’un thermique simple, car vous trimballez tout le poids de la batterie « morte »
En résumé : un PHEV mal utilisé peut consommer plus qu’une bonne version diesel ou essence classique. Si vous ne pouvez pas recharger facilement (maison, boulot), fuyez les hybrides rechargeables, surtout dans les gros SUV.
Les anciennes grosses berlines et monospaces : l’occasion pas si bon marché
Beaucoup se disent : « Je prends une grosse berline ou un monospace de 10–15 ans, ce sera pas cher à l’achat, pratique et confortable. » Oui, mais :
- Les vieux V6 essence (3.0, 3.5, 4.0) et certains 4 cylindres turbo sous-dimensionnés peuvent consommer 12–14 l/100 en ville.
- Les gros monospaces essence 7 places (Espace, Sharan, Galaxy, etc.) sont souvent à 10–12 l/100 réels en usage familial (vacances chargées, autoroute).
Là où ça pique : même si la voiture ne vaut plus « que » 5 000 €, vous pouvez claquer 2 000 à 3 000 €/an de carburant si vous roulez beaucoup. Et quand les réparations arrivent, le calcul global commence à faire mal.
Comment repérer une voiture gourmande avant de signer
Plutôt que de mémoriser des listes de modèles, il y a quelques signaux d’alerte simples.
- Poids élevé : plus de 1 900–2 000 kg pour un véhicule familial = conso forcément élevée, surtout en essence.
- Section frontale : gros SUV, pick-up, vans = mauvais aérodynamisme, donc surconsommation à 110–130 km/h.
- Gros moteurs essence (V6, V8, V12) : plaisir incomparable, mais conso plancher rarement sous 10 l/100.
- Hybride rechargeable + gros SUV + pas de prise à la maison : combo typique du « WLTP à 2 l/100, réalité à 9–10 l/100 ».
- Boîte auto ancienne génération à peu de rapports : moteurs qui moulinent, surtout sur autoroute.
Avant d’acheter, allez voir :
- Les retours de propriétaires sur les forums, groupes Facebook, etc.
- Les essais long terme des magazines ou chaînes YouTube (on y voit souvent les consommations sur plusieurs milliers de km).
- Les simulateurs de coût d’usage (type carbu.com, Spritmonitor, etc.).
Construire son budget : combien vous coûte vraiment une voiture gourmande ?
Faisons un calcul très concret, basé sur un gros SUV essence qui consomme 12 l/100 en réel.
- Distance annuelle : 20 000 km
- Conso : 12 l/100 km → 2 400 litres/an
- Prix carburant moyen : 2 €/l
- Coût carburant annuel : 4 800 €
Comparez maintenant avec une berline ou un break diesel moderne qui consomme 6 l/100 dans les mêmes conditions :
- Conso : 6 l/100 km → 1 200 litres/an
- Coût carburant annuel : 2 400 €
Différence : 2 400 € par an, juste en carburant. Sur 5 ans, vous êtes à 12 000 €. Ça paye largement la différence de prix entre deux modèles ou une bonne partie du coût de l’entretien, des pneus premium, ou même des vacances.
Dans quels cas une voiture très gourmande reste cohérente ?
Tout n’est pas noir ou blanc. Il y a des situations où une voiture gloutonne peut malgré tout être logique.
- Usage pro spécifique : pick-up ou 4×4 pour le tout-terrain, la traction lourde, la charge. La conso est élevée, mais justifiée par le besoin.
- Deuxième voiture plaisir : si vous avez déjà un véhicule sobre pour le quotidien et que la sportive ne roule que 3 000 km/an, la facture reste maîtrisée.
- Très faible kilométrage annuel : 5 000 km/an à 12 l/100, ça fait environ 1 200 € de carburant. À comparer avec le surcoût d’un modèle plus récent ou plus sophistiqué.
Le problème, c’est quand on utilise une voiture très gourmande comme daily car pour faire 25 000 km/an, sans avoir anticipé le budget. C’est là que ça devient vite invivable.
Quelques modèles récents réputés gourmands à surveiller
Sans être exhaustif, voici quelques familles de modèles souvent pointées du doigt pour leur appétit, surtout en usage réel :
- Gros SUV essence non hybrides :
- BMW X5/X6/X7 40i, M50i, M, etc.
- Mercedes GLE/GLS 450, 580, AMG
- Audi Q7/Q8 55 TFSI, SQ7/SQ8 essence
- Pick-up double cabine (à vitesse autoroutière et/ou chargés) :
- Ford Ranger, VW Amarok, Toyota Hilux, Isuzu D-Max, etc.
- Supercars et GT :
- Ferrari, Lamborghini, Aston Martin, certaines Porsche en V8 ou Turbo
- Hybrides rechargeables lourds non rechargés :
- Gros SUV PHEV premium (X5, GLE, Q7, Cayenne, etc.)
- Vieux monospaces / grandes berlines essence :
- V6 / V8 des années 2000–2010, gros monospaces 7 places essence
Encore une fois, l’idée n’est pas de diaboliser ces voitures : elles ont leurs qualités. Mais si votre priorité c’est de garder un budget carburant raisonnable, ce ne sont pas les meilleures candidates.
Comment limiter la casse si vous avez déjà une voiture gourmande
Si vous roulez déjà dans un engin un peu glouton, tout n’est pas perdu. Quelques ajustements peuvent faire gagner 1 à 3 l/100 sans se traîner.
- Pression des pneus correcte : un sous-gonflage de 0,3–0,5 bar peut faire grimper la conso de 5 à 10 %.
- Anticipation : moins de freinages/relances violentes, plus d’anticipation, surtout en ville et en périurbain.
- Vitesse stabilisée : passer de 140 GPS à 125–130 sur autoroute fait parfois gagner 1–2 l/100 sur des SUV et pick-up.
- Éviter les trajets ultra courts : un gros V6 ou V8 froid sur 3 km matin et soir, c’est la pire situation. Regroupez les courses, faites un détour plus long mais plus fluide, etc.
- Mode éco / confort : inutile de rouler en permanence en mode Sport+ si vous êtes dans les bouchons.
Et si malgré tout la facture reste trop lourde, c’est peut-être le signe qu’il est temps de revoir le choix du véhicule pour coller à votre usage réel.
En résumé, les voitures qui consomment le plus ne sont pas forcément des « mauvaises » voitures. Elles sont juste en décalage complet si on leur demande de faire ce pour quoi elles ne sont pas faites : du quotidien à gros kilométrage avec un budget serré. Le bon réflexe, c’est de partir de votre usage, de vos trajets, de votre budget carburant acceptable… et seulement ensuite de regarder quel type de véhicule y répond vraiment, chiffres à l’appui.